Nicolas Rouleau MPA

NicolasRouleauNICOLAS ROULEAU est audiologiste au  Centre québécois d'expertise en implant cochléaire à l'Hôtel-Dieu de Québec depuis 2012.

 
 L'audiologiste est le professionnel de la santé surtout impliqué dans l'évaluation et la rééducation des troubles auditifs.
  
NicolasRParmi les domaines dans lesquels il peut se spécialiser, il y a le passionnant domaine des implants cochléaires! C'est dans ce domaine que j'œuvre et je viens vous décrire, concrètement, en quoi consiste ma pratique.
  
Le premier aspect de ma pratique est l'examen des dossiers référés au Centre québécois d'expertise en implant cochléaire. Lorsqu'un audiologiste, un audioprothésiste ou un médecin ORL rencontre un patient pouvant potentiellement bénéficier de cette intervention, le dossier médical et audiologique m’est envoyé. Je l'étudie alors pour déterminer comment le processus d'évaluation se déroulera, et comment l'entamer.
  
Puis, vient la première rencontre d'évaluation avec le patient qui est convoqué au Centre d'expertise. Le but ultime du processus d'évaluation est de s’assurer que la pose de l'implant cochléaire sera avantageuse pour le patient, que les bénéfices seront supérieurs aux risques et que les performances attendues avec l'implant cochléaire seront supérieures à celles des aides auditives conventionnelles ou à d'autres types d'implant auditif. Ma rencontre avec le patient consiste essentiellement à questionner, à analyser la surdité et son évolution ainsi qu’à présenter cette technologie et les implications. Cette rencontre se termine habituellement avec une consultation auprès d'un des chirurgiens pour procéder à l'évaluation médicale. Je discute préalablement avec le chirurgien, puis ensemble, nous rencontrons le patient. Ensuite, je complète les rapports et j’envoie le dossier pour la suite du processus (habituellement pour l'évaluation des habiletés auditives, psychologiques, etc.).
  
Je participe aussi au comité de sélection. Environ une fois par mois, se tient une rencontre entre les différentes disciplines: médecins, audiologistes, psychologues, orthophonistes, etc. pour discuter de chacun des dossiers et pour prendre les décisions: acceptations, report ou refus du dossier, choix d'oreille à opérer, etc. Il s'agit du fameux comité de sélection où sont également discutées les décisions à prendre pour le programme ainsi que les dernières avancées scientifiques dans notre domaine.
  
Lorsque les décisions sont prises et que le patient est avisé, vient la rencontre pré-opératoire, habituellement la veille de la chirurgie. Le choix du type d'implant cochléaire et de processeur est discuté et je donne les dernières consignes avant le grand moment.
  
J’interviens aussi en salle d’opération. À la fin de chaque chirurgie d'implant cochléaire, le chirurgien m’invite à le rejoindre afin d’effectuer quelques tests confirmant le bon fonctionnement de l'implant et du nerf auditif.
  
Après un mois de convalescence, je revois le patient pour la première activation de l'implant cochléaire. C’est là que commence mon mandat le plus important: accompagner le patient dans la (re)découverte d'un nouvel environnement sonore et établir les meilleurs réglages possibles pour bien commencer la période de réadaptation. Cette portion de mon travail varie énormément selon les patients à accompagner et les technologies à maîtriser. En effet, le Centre d'expertise travaille avec les quatre manufacturiers d'implant cochléaire et les différents types d'implants, comme les implants électro-acoustiques par exemple.
  
Ensuite, je revois régulièrement le patient implanté dans des rencontres de contrôles qui visent à assurer l'adaptation de la programmation. En effet, des changements peuvent survenir dans l'oreille interne, demandant un ajustement des niveaux de courant électriques envoyés par l'implant. C’est également de l'occasion de mettre à jour la programmation aux dernières évolutions technologiques.
  
En tant que technologie de pointe en plein développement et dans un marché compétitif, l'implant cochléaire nécessite énormément de formation continue, autant au Québec qu'à l'étranger. Voilà un autre aspect essentiel à ma pratique d’audiologiste.
  
Finalement, comme audiologiste, j’ai un mandat de recherche. Je suis donc appelé à collecter et à analyser des données pour des projets de recherche du Centre.
  
Bref, je ne vous présente qu’un résumé de ce travail très varié, stimulant et surtout très valorisant.
  
Nicolas Rouleau, MPA
 Audiologiste
 Centre québécois d'expertise en implant cochléaire
   

L'oreille interne

Lorsque le son arrive à nos oreilles, il frappe le tympan, provoquant une vibration des osselets attachés à ce dernier.

La vibration de ce système, la chaîne tympano-ossiculaire, de l'oreille moyenne est transmise à l'oreille interne qui renferme un liquide. Dans ce liquide, des milliers de cellules sensorielles y baignent. Ces cellules, les cellules ciliées, captent le déplacement de ce liquide causé par la vibration de la chaîne tympano-ossiculaire. Les cellules ciliées convertissent donc cette énergie mécanique en énergie électrique. Le courant électrique est "codé" selon les différentes tonalités et intensités de sons perçus. Finalement, le courant électrique émergeant de l'oreille interne et l'information qu'il possède est conduit, via le nerf auditif, au cortex auditif du cerveau. Voilà comment l'oreille interne transforme l'énergie du son en information sonore perçue par le cerveau comme étant un son.

L'oreille interne est également responsable d'une seconde fonctionne importante: l'équilibre.

En effet, l'oreille interne peut être divisée en deux parties: la cochlée et le système vestibulaire.

La cochlée est la partie de l'oreille interne renfermant les cellules auditives. Donc, les cellules captent la vibration sonore transmise par l'oreille moyenne, tel que décrit précédemment.

Dans le système vestibulaire, des cellules vont cependant capter les mouvements du liquide qui se déplace en fonction des mouvements de la tête.

Le système vestibulaire

Le système vestibulaire, à l'image de son voisin immédiat, la cochlée, contient des cellules sensorielles qui détectent les mouvements du fluide dans lequel elles baignent. Pour résumé, il fonctionne comme un niveau avec sa bulle d'air que nous utilisons pour s'assurer que notre tablette est bien droite en faisant des rénovations.

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Anatomiquement, le système vestibulaire est composé de trois canaux semi-circulaires et de deux autres organes nommés l'utricule et le saccule. Cela nous permet d'avoir des cellules sensorielles disposé dans plusieurs angles (horizontal, vertical et diagonal) et permettant ainsi au système vestibulaire de détecter les mouvements d'accélération et de décélération dans plusieurs sens différents (utricule et saccule) ainsi que la position de la tête dans l'espace.

Ces informations transmises au cerveau par le système vestibulaire sont essentielles pour connaître la position de notre tête dans l'espace, pour avoir conscience du sens dans lequel nous nous déplaçons et ultimement, garder notre équilibre. Autrement dit, notre système vestibulaire est d'une importance capitale pour conserver notre équilibre. Sans lui et les autres systèmes, (proprioceptifs et visuels), il serait impossible de rester debout et marcher sans tomber.

Les effets de l'implantation cochléaire sur le système vestibulaire.

Comme mentionné plus haut, les cellules sensorielles de l'audition et de l'équilibre sont renfermées dans le même organe, l'oreille interne. Lors d'une intervention chirurgicale pour la pose d'un implant cochléaire, le chirurgien doit retirer un peu d'os près du système vestibulaire, procéder à une incision au niveau de la cochlée (causant une perte du liquide) et y insérer les électrodes. Donc, il y a un événement traumatique qui se produit au niveau de l'oreille interne lors de la chirurgie.

Heureusement, nous avons deux systèmes vestibulaires! Un par oreille. Donc, lors de l'implantation cochléaire unilatérale (à une oreille), les risques de troubles d'équilibres sont plus faibles. En effets, si le système  vestibulaire du côté de l'implantation est endommagé, celui de l'oreille non opérée pourra compenser.

Dans le cas de l'implantation bilatérale séquentielle (un implant cochléaire à la fois), il devient très risqué d'affecter l'équilibre de la personne implanté si le système vestibulaire du côté du premier implant a été endommagé. Dans le cas contraire, si le système vestibulaire est intact, la chirurgie est beaucoup moins risquée du point de vue de l'équilibre.

Heureusement, il existe un examen diagnostic permettant de connaître l'état des deux systèmes vestibulaires. Il s'agit de la vidéo-nystagmo-graphie (VNG). En effet, le système vestibulaire est relié au système visuel, c'est pourquoi lorsque nous nous déplaçons, les yeux sont en mesure de fixer un point dans l'espace en suivant nos mouvement: ils sont reliés au système vestibulaire. Le VNG consiste à étudier le mouvement des yeux suite à une stimulation du système vestibulaire. Concrètement, de l'eau chaude et froide est envoyée dans le conduit auditif, les changements de température provoquent un mouvement des fluides dans le système vestibulaire et si ce dernier est intact, la caméra placée au-dessus de l'œil enregistrera un mouvement oculaire engendré appelé nystagmus. Ainsi, si l'examen démontre que le système vestibulaire du côté du premier implant n'a pas été endommagé, il n'y aura pas de contre-indication médicale sur le point de l'équilibre. Dans le cas inverse, les risques sont plus élevés et le chirurgien en discutera avec le candidat.

Ce test de VNG est une étape obligatoire chez les adultes faisant la demande pour un second implant cochléaire. Il est possible de passer ce test dès l'âge de 8 ans et des recherches sont en cours pour développer des techniques pour réaliser cet examen à de plus jeunes âges. Cet examen est sans risques significatif, dure environs 30 à 40 minutes et se fait à l'Hotel-Dieu de Québec. Il est non douloureux, mais peut parfois être un peu étourdissant...

Si vous avez des questions, n'hésitez pas à en discuter avec votre audiologiste en implant cochléaire ou votre chirurgien ORL du Centre d'expertise en implant cochléaire.

 

Nicolas Rouleau, MPA
Audiologiste
Centre d'expertise en implant cochléaire
Hôpital Hôtel-Dieu de Québec, CHU de Québec