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milie Portugal mai2014
 Je me présente, Émilie Portugal stagiaire à l’Association des implantés cochléaires du Québec (AICQ) pour six (6) semaines. J’ai 20 ans et je n’ai aucun problème auditif.
 
Comme la plupart des personnes n’ayant aucune déficience auditive, j’avais moi aussi des préjugés sur la surdité et je pensais que ce problème était essentiellement lié à l’âge.
 
Grâce à l’AICQ, j’ai découvert que la surdité pouvait toucher toutes les catégories d’âge et survenir à tout moment de notre vie. Intriguée et intéressée par ce handicap et les possibilités qu’offrent les implants cochléaires, j’ai décidé d’en apprendre davantage sur les personnes vivant avec un implant cochléaire. Comprendre les difficultés qu’elles traversent et l’avantage de se faire opérer.
 
Pour ce faire, j’ai cherché une personne implantée qui pourrait me renseigner et en partageant l’information, ferait taire certains préjugés.
 
Je me suis donc rendue à l’Hôtel-Dieu de Québec pour rencontrer Nicolas Rouleau. Monsieur Rouleau est un jeune audiologiste de 25 ans, implanté. Un candidat parfait qui en connaît long sur le sujet. Je me suis donc permis d’y poser quelques questions concernant son parcours personnel et professionnel.
  
Monsieur Rouleau, à quand remontent vos premiers signes de déficience auditive?
 
Je suis née avec une surdité sévère qui a évolué avec les années. En 1989, les critères d’accessibilité aux implants n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui, il fallait avoir une surdité profonde pour être implanté. C’est pour ça que je n’ai pas subi d’opération à ma naissance. J’ai commencé avec des appareils auditifs.
 
Avez-vous fréquenté des écoles aux programmes spécialisés?
 
Oui, j’ai commencé ma prématernelle dans une classe pour élève malentendant.
 
Il existe plusieurs écoles spécialisées au Québec dont l’École Oraliste de Québec, ou l’école anglophone Oral School for the Deaf à Montréal et à Laval, dans mon coin, c’était l’école J-Jean Joubert. Ma classe durait toute la journée pour nous faire prendre de l’avance et nous apprendre des notions de base primaires pour favoriser l’intégration. Quand je suis entré en maternelle, j’allais à l’école régulière le matin, et à l’école pour les malentendants l’après-midi puisque les classes régulières avaient cours que le matin et que les classes spécialisées avaient cours toute la journée. Je pouvais donc avoir l’encadrement dont bénéficient les enfants malentendants tout en commençant mon intégration dans le régulier. Au primaire, mes parents m’ont beaucoup poussé pour que j’aille à l’école du quartier et j’étais moi aussi motivé pour y aller malgré ma surdité qui était pour moi un handicap. Ayant réussi ma première année au régulier, j’ai continué le reste de mon cheminement scolaire là dedans. Il est vrai que ça n’a pas toujours été facile au niveau académique. Ça me demandait beaucoup plus d’efforts pour suivre les cours.
 
Avant votre implantation à quoi ressemblait votre vie par rapport à votre intégration dans la communauté, vos relations avec les autres?
 
Ça a été plus difficile. En fait, avant d’avoir eu l’implant cochléaire, les difficultés auditives étant plus importantes, j’étais beaucoup plus réservé, plus timide, je n’étais pas très sociable. Je ne sortais pas beaucoup et je ne me faisais pas d’amis. Je n’allais pas vers les autres parce que je savais que ça allait être difficile de communiquer à cause de mon problème. C’est pourquoi j’avais tendance à rester avec les mêmes personnes et à m’isoler.
 
Avant votre implantation à quoi ressemblait votre vie par rapport à la communication?
 
J’avais toujours les mêmes amis et je ne faisais pas d’effort pour m’en faire d’autres. Je ne voulais pas aller vers les autres parce que je savais que ça allait être difficile, qu’il faudrait qu’ils comprennent mon handicap. Mes amis, je les connaissais depuis longtemps et ils connaissaient mon problème. Ils prenaient le temps, faisaient attention quand ils parlaient. Je ne me gênais pas avec eux. Avec les gens que je connaissais, il n’y avait pas de problème de communication. Avec ceux que je connaissais moins, comme les professeurs et les collègues de classe, c’était délicat. Dans la classe je ne parlais pas, je restais dans mon coin, écarté des autres. Cependant, il fallait que je sois en avant pour bien suivre le professeur.
 
À quel âge avez-vous subi la chirurgie?
 
J’ai subi la chirurgie à 18 ans après une longue réflexion.
 
Pourquoi avoir choisi la chirurgie?
 
Il faut savoir que personne n’est obligé de se faire opérer pour l’implant cochléaire. J’avais une surdité qui évoluait, et plus j’avançais dans les études plus c’était compliqué. Alors j’ai commencé à penser à l’avenir. Vous savez quand on habite chez nos parents, qu’on va à l’école, dans nos cours, les adaptations se font bien. Avec le soutien des parents, on ne voit pas la nécessité d’essayer d’améliorer la situation. Sauf que là, mon parcours scolaire avançait et moi j’adorais les sciences et ça prenait de bonnes notes. Je mettais beaucoup d’efforts pour les maths enrichis, la chimie. Mais pour faire ce que je voulais faire, le cégep en sciences pures, et avoir une carrière dans le domaine dans lequel je travaille aujourd’hui, c’était vraiment difficile avec une surdité sévère qui évoluait vers la surdité profonde. Je devais donc mettre toutes les chances de mon côté. Par chance au fil des années, grâce à l’évolution de la technologie, les critères d’accessibilité à la chirurgie se sont élargis. On a commencé à m’en parler quand j’étais au milieu du secondaire à peu près. Cependant, dans ce temps-là, c’était encore un sac banane avec un boitier et un fil, vraiment pas comme aujourd’hui. C’était un appareil vraiment plus gros qui n’était pas du tout mon style. À ce moment-là je me suis dit que finalement je comprenais quand même bien mes amis et mes parents quand ils parlaient et ça me suffisait. Puis j’ai pris de la maturité, l’école devenait de plus en plus difficile et je continuais à penser à mon avenir. Alors je suis venu pour la première fois à Québec pour me faire évaluer, savoir si au niveau médical, biologique et psychologique j’étais apte à recevoir un implant, j’avais 16 ans. On m’a dit que ça ne redonnait pas l’audition complète, mais que ça aidait beaucoup. Je n’ai pas tout de suite pris ma décision. J’ai fait mes deux premières sessions de cégep et ça a été assez difficile. J’avais de bonnes notes, mais ça demandait tellement d’efforts (trois heures de cours de chimie ou d’algèbre écouter le professeur et à me concentrer) qu’à la fin du cours j’avais mal à la tête. De plus, il y avait les devoirs. Alors un jour j’ai appelé Nicole Gagnon à Québec et je lui ai dit : « opérez-moi ». Je me suis donc fait opérer entre mes deux années de cégep.
 
Aviez-vous peur de vous faire opérer?
 
Avant non, mais si je me fie à mes patients, la veille de l’opération est le moment le plus stressant. Tout le monde nous dit que ça va bien aller et puis c’est vrai, nos chirurgiens sont des champions. Ce sont les seuls à faire ça au Québec il n’y a jamais de complication dans les chirurgies. Mais il faut avouer qu’on est quand même très nerveux. Je me suis fait opérer par le Dr Pierre Ferron, et il a été super. Il était venu me rassurer avec mon audiologiste. C’est d’ailleurs ce jour-là que j’ai eu le déclic pour devenir audiologiste et travailler dans la santé, avec les gens.
 
Maintenant avec l’implant, à quoi ressemble votre vie par rapport à votre intégration, relations avec les autres et votre communication?
 
L’opération m’a apporté plus de confiance pour aller vers les autres, donc plus de communications. J’ai commencé à me faire des blondes et à sortir plus. Mes études ont été moins difficiles. Et au niveau du travail, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je côtoierai des gens différents tous les jours. C’est le plus gros changement que l’implant cochléaire m’ait apporté. Même si celui-ci ne redonne pas l’audition parfaite. Ça reste difficile dans certaines situations, mais ça me demande moins d’efforts, et c’est beaucoup moins difficile, que ça ne l’était avant.
 
Quelle(s) différence(s) majeure(s) a apporté l’implant dans votre vie?
 
La confiance, être plus intéressé à communiquer, plus d’intérêts dans les relations sociales, plus de facilité à l’école, l’implant m’a aussi permis de faire carrière dans l’audiologie.
 
Suite à ce changement radical quel a été votre plus gros défi?
 
Le plus difficile c’est avant l’implantation. Entreprendre le processus de l’implantation. Prendre la décision et le temps de mettre l’énergie dans ce projet. Une fois qu’on l’a, les récompenses viennent avec tout ça. La réadaptation est aussi un moment difficile. Mais tout ça n’est rien à côté des résultats qu’on obtient à la fin. Je ne regrette absolument rien.
 
Quel a été votre plus grand exploit?
 
Grâce à mon implantation, j’ai pu avoir de meilleures notes à l’école tout au long de mon cheminement, j’ai donc été accepté en audiologie. J’ai fait mon bac et ma maitrise. J’en suis très fier!
 
Un petit mot pour les personnes vivant avec une déficience auditive
 
— Patience. Les résultats de l’implant ne viennent pas tout de suite, mais ils finissent par arriver. Patience donc, persévérance et aussi confiance. On s’occupe de vous, les choses vont bien aller. Ne jamais oublier que si on vous accepte à l’opération c’est qu’on est sûr que ça va vous aider. Surtout ne pas avoir peur, ouvrir son esprit à cette possibilité-là. Aller de l’avant. Le plus difficile c’est de dire O.K. je m’embarque là-dedans. Cette décision a été pour moi, je trouve, la plus difficile à prendre, mais en même temps ce fut la meilleure décision que j’ai prise dans ma vie. Beaucoup de patients me le disent aussi. J’étais comme ça. Comme beaucoup, j’ai beaucoup hésité, j’ai eu du mal à prendre cette décision, mais personne ne regrette.
 
Un petit mot pour leur entourage.
 
L’implant n’aide pas seulement la personne elle-même, il aide aussi tout son entourage. C’est une technologie qui a pour but d’améliorer la communication, et celle-ci se fait à deux ou à plusieurs. Donc l’implant aide aussi la famille, les amis, les collègues de travail et toutes les personnes que l’implanté va croiser dans sa vie. La personne va avoir plus de confiance, plus de facilité au travail, aux études ce qui crée directement un impact social. Les premières personnes touchées ne sont pas les implantés, mais les personnes avec lesquelles ils parlent. L’implant c’est aider les personnes malentendantes à s’épanouir avec les impacts que ça a sur la société.
 
Finalement Nicolas Rouleau nous dit ici que l’implant a changé sa vie et celle de son entourage. Ce fut la meilleure décision qu’il ait pu prendre. Il n’a aucun regret de ses gestes et il est fier de ce qu’il a accompli avec l’aide de l’implant.
 
C’est une personne très touchante et très aimable avec un parcours incroyable. Je remercie M. Rouleau de m’avoir accordé cet instant et surtout merci d’avoir voulu partager votre expérience et vos connaissances avec les autres.